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Homélie du cardinal André Vingt-Trois:Messe pour les victimes de Saint-Étienne du Rouvray

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Homélie du cardinal André Vingt-Trois:Messe pour les victimes de Saint-Étienne du Rouvray

Message par Invité le Dim 31 Juil 2016 - 10:07

Homélie du cardinal André Vingt-Trois
– Messe pour les victimes de Saint-Étienne du Rouvray


Mercredi 27 juillet 2016
– Cathédrale Notre-Dame de Paris


- Jr 15, 10.16-21 ; Ps 58 ; Mt 13,44-46


Mesdames et Messieurs,
Frères et Sœurs,



1. Seigneur, nous as-tu abandonnés ?

« Serais-tu pour moi un mirage, comme une eau incertaine ? »En ce moment terrible que nous vivons, comment ne ferions-nous pas nôtre ce cri vers Dieu du prophète Jérémie au milieu des attaques dont il était l’objet ? Comment ne pas nous tourner vers Dieu et comment ne pas Lui demander des comptes ? Ce n’est pas manquer à la foi que de crier vers Dieu. C’est, au contraire, continuer de lui parler et de l’invoquer au moment même où les événements semblent remettre en cause sa puissance et son amour. C’est continuer d’affirmer notre foi en Lui, notre confiance dans le visage d’amour et de miséricorde qu’il a manifesté en son Fils Jésus-Christ.

Ceux qui se drapent dans les atours de la religion pour masquer leur projet mortifère, ceux qui veulent nous annoncer un Dieu de la mort, un moloch qui se réjouirait de la mort de l’homme et qui promettrait le paradis à ceux qui tuent en l’invoquant, ceux-là ne peuvent pas espérer que l’humanité cède à leur mirage. L’espérance inscrite par Dieu au cœur de l’homme a un nom, elle se nomme la vie. L’espérance a un visage, le visage du Christ livrant sa vie en sacrifice pour que les hommes aient la vie en abondance. L’espérance a un projet, le projet de rassembler l’humanité en un seul peuple, non par l’extermination mais par la conviction et l’appel à la liberté. C’est cette espérance au cœur de l’épreuve qui barre à jamais pour nous le chemin du désespoir, de la vengeance et de la mort.

C’est cette espérance qui animait le ministère du P. Jacques Hamel quand il célébrait l’Eucharistie au cours de laquelle il a été sauvagement exécuté. C’est cette espérance qui soutient les chrétiens d’Orient quand ils doivent fuir devant la persécution et qu’ils choisissent de tout quitter plutôt que de renoncer à leur foi. C’est cette espérance qui habite le cœur des centaines de milliers de jeunes rassemblés autour du Pape François à Cracovie. C’est cette espérance qui nous permet de ne pas succomber à la haine quand nous sommes pris dans la tourmente.

Cette conviction que l’existence humaine n’est pas un simple aléa de l’évolution voué à la destruction inéluctable et à la mort habite le cœur des hommes quelles que soient leurs croyances et leurs religions. C’est cette conviction qui a été blessée sauvagement à Saint-Étienne du Rouvray et c’est grâce à cette conviction que nous pouvons résister à la tentation du nihilisme et au goût de la mort. C’est grâce à cette conviction que nous refusons d’entrer dans le délire du complotisme et de laisser gangréner notre société par le virus du soupçon.

On ne construit pas l’union de l’humanité en chassant les boucs-émissaires. On ne contribue pas à la cohésion de la société et à la vitalité du lien social en développant un univers virtuel de polémiques et de violences verbales. Insensiblement, mais réellement cette violence virtuelle finit toujours par devenir une haine réelle et par promouvoir la destruction comme moyen de progrès. Le combat des mots finit trop souvent par la banalisation de l’agression comme mode de relation. Une société de confiance ne peut progresser que par le dialogue dans lequel les divergences s’écoutent et se respectent.


2. La peur de tout perdre

La crise que traverse actuellement notre société nous confronte inexorablement à une évaluation renouvelée de ce que nous considérons comme les biens les plus précieux pour nous. On invoque souvent les valeurs, comme une sorte de talisman pour lequel nous devrions résister coûte que coûte. Mais on est moins prolixe sur le contenu de ces valeurs, et c’est bien dommage. Pour une bonne part, la défiance à l’égard de notre société, – et sa dégradation en haine et en violence – s’alimente du soupçon selon lequel les valeurs dont nous nous réclamons sont très discutables et peuvent être discutées. Pour reprendre les termes de l’évangile que nous venons d’entendre : quel trésor est caché dans le champ de notre histoire humaine, quelle perle de grande valeur nous a été léguée ? Pour quelles valeurs sommes-nous prêts à vendre tout ce que nous possédons pour les acquérir ou les garder ? Peut-être, finalement, nos agresseurs nous rendent-ils attentifs à identifier l’objet de notre résistance ?

Quand une société est démunie d’un projet collectif, à la fois digne de mobiliser les énergies communes et capable de motiver des renoncements particuliers pour servir une cause et arracher chacun à ses intérêts propres, elle se réduit à un consortium d’intérêts dans lequel chaque faction vient faire prévaloir ses appétits et ses ambitions. Alors, malheur à ceux qui sont sans pouvoir, sans coterie, sans moyens de pression ! Faute de moyens de nuire, ils n’ont rien à gagner car ils ne peuvent jamais faire entendre leur misère. L’avidité et la peur se joignent pour défendre et accroître les privilèges et les sécurités, à quelque prix que ce soit.

Est-il bien nécessaire aujourd’hui d’évoquer la liste de nos peurs collectives ? Si nous ne pouvons pas nous en affranchir, en nommer quelques-unes nous donne du moins quelque lucidité sur le temps que nous vivons. Jamais sans doute au cours de l’histoire de l’humanité, nous n’avons connu globalement plus de prospérité, plus de commodités de vie, plus de sécurité, qu’aujourd’hui en France. Les plus anciens n’ont pas besoin de remonter loin en arrière pour évoquer le souvenir des misères de la vie, une génération suffit. Tant de biens produits et partagés, même si le partage n’est pas équitable, tant de facilités à vivre ne nous empêchent pas d’être rongés par l’angoisse. Est-ce parce que nous avons beaucoup à perdre que nous avons tant de peurs ?

L’atome, la couche d’ozone, le réchauffement climatique, les aliments pollués, le cancer, le sida, l’incertitude sur les retraites à venir, l’accompagnement de nos anciens dans leurs dernières années, l’économie soumise aux jeux financiers, le risque du chômage, l’instabilité des familles, l’angoisse du bébé non-conforme, ou l’angoisse de l’enfant à naître tout court, l’anxiété de ne pas réussir à intégrer notre jeunesse, l’extension de l’usage des drogues, la montée de la violence sociale qui détruit, brûle, saccage et violente, les meurtriers aveugles de la conduite automobile… Je m’arrête car vous pouvez très bien compléter cet inventaire en y ajoutant vos peurs particulières. Comment des hommes et des femmes normalement constitués pourraient-ils résister sans faiblir à ce matraquage ? Matraquage de la réalité dont les faits divers nous donnent chaque jour notre dose. Matraquage médiatique qui relaie la réalité par de véritables campagnes à côté desquelles les peurs de l’enfer des prédicateurs des siècles passés font figure de contes pour enfants très anodins.

Comment s’étonner que notre temps ait vu se développer le syndrome de l’abri ? L’abri antiatomique pour les plus fortunés, abri de sa haie de thuyas pour le moins riche, abri de ses verrous, de ses assurances, appel à la sécurité publique à tout prix, chasse aux responsables des moindres dysfonctionnements, bref nous mettons en place tous les moyens de fermeture. Nous sommes persuadés que là où les villes fortifiées et les châteaux-forts ont échoué, nous réussirons. Nous empêcherons la convoitise et les vols, nous empêcherons les pauvres de prendre nos biens, nous empêcherons les peuples de la terre de venir chez nous. Protection des murs, protection des frontières, protection du silence. Surtout ne pas énerver les autres, ne pas déclencher de conflits, de l’agressivité, voire des violences, par des propos inconsidérés ou simplement l’expression d’une opinion qui ne suit pas l’image que l’on veut nous donner de la pensée unique.

Silence des parents devant leurs enfants et panne de la transmission des valeurs communes. Silence des élites devant les déviances des mœurs et légalisation des déviances. Silence des votes par l’abstention. Silence au travail, silence à la maison, silence dans la cité ! A quoi bon parler ? Les peurs multiples construisent la peur collective, et la peur enferme. Elle pousse à se cacher et à cacher.

C’est sur cette inquiétude latente que l’horreur des attentats aveugles vient ajouter ses menaces. Où trouverons-nous la force de faire face aux périls si nous ne pouvons pas nous appuyer sur l’espérance ? Et, pour nous qui croyons au Dieu de Jésus-Christ, l’espérance c’est la confiance en la parole de Dieu telle que le prophète l’a reçue et transmise : « Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te sauver et te délivrer. Je te délivrerai de la main des méchants, je t’affranchirai de la poigne des puissants. »

« Mon rempart, c’est Dieu, le Dieu de mon amour. »


Amen !


Cardinal André VINGT-TROIS
Archevêque de Paris.






http://www.paris.catholique.fr/homelie-du-cardinal-andre-vingt-40311.html


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M-Odile

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Re: Homélie du cardinal André Vingt-Trois:Messe pour les victimes de Saint-Étienne du Rouvray

Message par M-Odile le Lun 1 Aoû 2016 - 12:21

Reçu hier:    Homélie de Mg Noyer, lors de la messe célébrée pour le père Jacques Hamel, au Touquet (Pas de Calais)







Au Père Jacques Hamel

Vieux frère Jacques, j’imagine la paix de ce moment : matin d’un jour d’été, l’église lumineuse, quelques présences familières et silencieuses, les rites si souvent visités.

Ce matin, fête d’Anne et Joachin ! Tu viens de dire, une fois de plus, «voici mon corps, voici mon sang ! » Tu as fondé ce moment de paix sur le sacrifice du Christ, la tragédie de la Croix, le meurtre rituel d’où sort la Paix.

Deux jours avant, tu avais entendu, pour la Saint Jacques, la question : « Jacques, es-tu prêt à boire la coupe que je vais boire ? » Tout à coup le sang est là, coulant sur l’autel. Est-ce ton sang ? Est-ce le sang du Christ ? As-tu crié ? As-tu prié ? Ton sang rejoignait le sang de tant d’innocents tués. Le sang d’Abel mis à mort par son frère. Le sang qui criait vers le ciel, le sang qui appelle la vengeance, le sang qui excite les requins, le sang qui abreuve nos sillons…, non c’était le sang sorti du coeur débordant d’amour du Crucifié.

Le tout jeune frère qui t’égorge, sans le savoir, est venu ce matin offrir le sacrifice de la messe dont tu es, avec Jésus, le prêtre et la victime.

Allez, la messe est dite ! Le silence est retombé sur la petite église.

Que dis-tu, jeune assassin, toi aussi entré dans la paix de Dieu ? Ce geste t’a vidé de toute la haine qui faisait exploser ton coeur. As-tu croisé le regard de Jacques dans l’ultime moment ? Ton propre sang s’est mêlé au sang du Christ.

Je vous entends maintenant, Jacques et toi, redire, d’une même voix, les mots de Jésus : il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie…

Mgr Jacques Noyer


 
Mgr Jacques Noyer


paix  et dans votre à tous ! M-O
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Claire
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Re: Homélie du cardinal André Vingt-Trois:Messe pour les victimes de Saint-Étienne du Rouvray

Message par Claire le Ven 5 Aoû 2016 - 9:48

Quelle belle homélie !
bonjournee
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Re: Homélie du cardinal André Vingt-Trois:Messe pour les victimes de Saint-Étienne du Rouvray

Message par Invité le Ven 5 Aoû 2016 - 13:33

Oui c'est vrai : une très belle homélie ! Malheureusement je ne crois pas que cela soit du goût de tous les chrétiens.
Tant la paranoïa provoquée par le terrorisme est grande en France et en Europe ! Cela peut se comprendre mais tomber dans
la haine de tous nos frères et soeurs musulmans, non.
C'est vrai que la politique d'accueil de la France par rapport à l'immigration a été déplorable et le reste. Cependant il faut
l'assumer maintenant et respecter le droit de beaucoup d'entre eux, de vivre ici. J'ai grandi au milieu d'eux et j'ai fait l'expérience
de leur beauté d'âme, de leur générosité et leur hospitalité. La sainteté c'est à Dieu d'en juger pas à nous et croyez moi ou pas
parmi nos frères et soeurs musulmans il n'y a pas que des terroristes, mais des personnes qui cheminent comme nous vers la sainteté !
Il y en a beaucoup qui me sont chers et je donnerai ma vie pour eux aussi ! En attendant je les garde dans mon coeur, mes prières et mes jeûnes,
ainsi que mes proches, car je garde ainsi aussi tous ceux que Dieu m'a donnés de rencontrer et je ne fais pas exception de mes frères et soeurs
d'autres confessions.



queDieuvsbenisse





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Re: Homélie du cardinal André Vingt-Trois:Messe pour les victimes de Saint-Étienne du Rouvray

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