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Jumelés grâce à Dieu ! Alléluia !

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Gilles

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Jumelés grâce à Dieu ! Alléluia !

Message par Gilles le Ven 15 Déc 2017 - 17:00


Amar Lotfallah entourant ses filles Jessica et Batricia avec Lise Maynard et Fadia Bashour, une crèche vivante recomposée au Québec

Il ne leur manque que l’haleine du boeuf et de l’âne pour se réchauffer sous le sapin. Ils ont reçu une crèche géante qui occupera trop d’espace dans leur trois et demi étriqué de Saint-Laurent. Leur immeuble semble avoir été conçu pour abriter la misère et escroquer les nouveaux arrivants déroutés. Ça ne s’appelle pas « se retrouver sur la paille » pour rien.

Ils sont chrétiens, syriens, et ont débarqué au Québec il y a deux ans, fuyant les bombes à 15 kilomètres de leur maison. Fadia Bashour et Amar Lotfallah n’ont emmené que leurs deux filles, Batricia, 10 ans, et Jessica, 8 ans, dans cet aller simple vers Montréal. Leurs parents sont restés à Damas.

Fadia a vendu ses bijoux et glissé une partie de son service de mariage dans les valises. Quoi qu’il arrive, ils retrouveraient l’odeur du riz parfumé à la cannelle et des aubergines marinées à l’ail et au piment dans ces assiettes souvenirs.

Fadia et Amar s’enorgueillissent de dire qu’ils ont été acceptés comme travailleurs qualifiés, elle ingénieure, lui médecin avec une spécialité en médecine interne et une autre en gastro-entérologie. Il leur faudra plusieurs années (entre cinq et dix pour Amar, qui espère devenir préposé aux bénéficiaires) et beaucoup de patience pour retravailler dans leur domaine.

En plus de l’arabe et de l’anglais, ils parlent l’allemand (Fadia a vécu six ans en Allemagne pour ses études) et Amar, le russe (il a étudié en Russie pendant 13 ans). Notre pays « frette et blanc comme un lavabo » ne leur fait pas peur ; ils en ont vu d’autres. Fadia parle le français et Amar le balbutie, Jessica, la benjamine, s’exprime déjà en québécois et Batricia s’accroche à l’arabe à la maison. « En français, Batricia ! » La préado fait la sourde oreille même si elle fréquente la 5e année à l’école. On lui a déjà enlevé son pays ; sa langue lui appartient.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, en 2016, on a diagnostiqué un cancer du sein à Fadia, aujourd’hui âgée de 44 ans, puis un autre à la thyroïde quelques mois plus tard. L’été dernier, c’était au tour d’Amar d’entrer à l’urgence avec une douleur intense à la poitrine. « Je savais que c’était grave. Je voulais mourir », se rappelle le médecin de 49 ans.

Il a attendu 10 heures et en a été quitte pour deux angioplasties afin de débloquer deux artères. Les médecins ont évoqué le stress… « Même en Syrie, en temps de guerre, tu n’attends pas 10 heures avec un problème cardiaque à l’urgence. »

Grâce au ciel


Amar ne se plaint pas, il a compté trop de morts. Les dernières années à Damas, il faisait rouler sa petite clinique de médecine générale au premier étage de sa maison, car l’hôpital était détruit. « Nous sommes partis pour les filles. J’ai cédé la clinique à un autre médecin, à condition qu’il s’occupe de mes parents. »

Ils auraient pu mourir en Syrie à cause de la guerre ; débarqués au Canada, la guigne les pourchasse de nouveau. Heureusement qu’il y a l’Église et Dieu. Au-dessus de la porte d’entrée, une croix de bois veille silencieusement sur eux, de connivence avec le détecteur de fumée de l’immeuble.

« Je dis merci au Canada, insiste Fadia. Nous aurions pu avoir ces problèmes de santé en Syrie et, avec la guerre, c’est très difficile d’obtenir des médicaments. » Aujourd’hui, elle aspire à plus de joie, pourchasse tous les pères Noël de centres commerciaux avec ses filles, les emmène patiner, sort le plus possible de son logement anonyme sur un boulevard gris.

« Les épreuves nous ont rendus plus forts », philosophe Amar. L’Église les aide et le centre d’accueil pour les immigrants, le CARI, les a jumelés à Lise, leur fée des étoiles depuis neuf mois. « Ça s’est fait comme du speed dating, raconte Lise Maynard. On reçoit une formation d’une journée sur la culture des Syriens et eux, de leur côté, sur les Québécois. »

« Ensuite, on passe une journée ensemble, deux groupes de 40 personnes qui se jumellent, sur un coup de coeur, en 15 minutes. D’un côté, tu avais des Syriens, en majorité des chrétiens très éduqués et, de l’autre, nous, des retraités, des étudiants d’université, des assistés sociaux, des mères de famille. Les Syriens sont extrêmement hospitaliers. Ils donnent tout, même ce qu’ils n’ont pas. »

Une pizza toute garnie


Amar ne se plaint pas, il a compté trop de morts. Les dernières années à Damas, il faisait rouler sa petite clinique de médecine générale au premier étage de sa maison, car l’hôpital était détruit. « Nous sommes partis pour les filles. J’ai cédé la clinique à un autre médecin, à condition qu’il s’occupe de mes parents. »

Ils auraient pu mourir en Syrie à cause de la guerre ; débarqués au Canada, la guigne les pourchasse de nouveau. Heureusement qu’il y a l’Église et Dieu. Au-dessus de la porte d’entrée, une croix de bois veille silencieusement sur eux, de connivence avec le détecteur de fumée de l’immeuble.

« Je dis merci au Canada, insiste Fadia. Nous aurions pu avoir ces problèmes de santé en Syrie et, avec la guerre, c’est très difficile d’obtenir des médicaments. » Aujourd’hui, elle aspire à plus de joie, pourchasse tous les pères Noël de centres commerciaux avec ses filles, les emmène patiner, sort le plus possible de son logement anonyme sur un boulevard gris.

« Les épreuves nous ont rendus plus forts », philosophe Amar. L’Église les aide et le centre d’accueil pour les immigrants, le CARI, les a jumelés à Lise, leur fée des étoiles depuis neuf mois. « Ça s’est fait comme du speed dating, raconte Lise Maynard. On reçoit une formation d’une journée sur la culture des Syriens et eux, de leur côté, sur les Québécois. »

« Ensuite, on passe une journée ensemble, deux groupes de 40 personnes qui se jumellent, sur un coup de coeur, en 15 minutes. D’un côté, tu avais des Syriens, en majorité des chrétiens très éduqués et, de l’autre, nous, des retraités, des étudiants d’université, des assistés sociaux, des mères de famille. Les Syriens sont extrêmement hospitaliers. Ils donnent tout, même ce qu’ils n’ont pas. »

Lise, 68 ans, une retraitée de Radio-Canada, réalisait l’émission La nuit qui bat en 2011-2012 lorsque la guerre a éclaté. « Chaque soir, à minuit, le show commençait avec la Syrie.

J’écoutais tout ce que l’antenne diffusait et on reprenait les meilleurs moments. La Syrie, on en avait plein la tête et le coeur. Je préparais les entrevues avec le politologue Sami Aoun et je saisissais les tenants et les aboutissants. »

« Lise, c’est comme la famille, c’est un ange descendu du ciel », relate Amar, en essuyant une larme. « Elle n’est pas croyante, mais on l’aime comme une soeur, une mère. » Lise ne fréquente pas l’église, mais elle fait sa crèche chaque Noël. Elle n’a pas eu d’enfants non plus, mais elle a jeté son dévolu sur ceux des autres. Chaque semaine, elle aide Batricia pour le français. Elle a accompagné Fadia dans ses traitements médicaux, aidé Amar dans ses démarches professionnelles. « On rigole. On échange. Je suis devenue une grand-mère pour les petites. Elles me sautent au cou lorsque j’arrive. »

De fait, quand on demande aux fillettes ce qu’elles ont demandé au père Noël : « Nos grands-parents », sans hésitation. Jessica compte les sous qu’elle amasse depuis son arrivée. Avec ses économies de dix dollars, elle veut acheter une belle maison à ses parents.

« Moi, la famille, c’est ma vie, me raconte Lise, la gorge nouée. C’est le sens de ma vie. C’est ce qui m’a sauvée. Eux, ils n’ont rien. Ça m’émeut beaucoup. Quand j’ai appris leur histoire, je leur ai dit : “Vous, votre pizza, vous l’avez toute garnie” ! »

S’ils croient toujours en Dieu ? Fadia et Amar me regardent d’un air surpris. C’est grâce à Dieu s’ils sont encore ici et que Lise est tombée du ciel !

Les plats défilent sur la table dans la belle vaisselle de noces clandestine. Je suis attendue pour le souper. Je ne peux les quitter sans rapporter une tasse isotherme remplie de thé syrien parfumé au clou de girofle. Pour la route. Fadia insiste : « Prenez avec le sirop “d’arabe”, c’est meilleur. »

Source : 
Le Devoir par Josée Blanchette

         

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